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Louis XIII ce roi-soldat n'hésitait pas à coucher sur la paille

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Maladie de Crohn - Un peu d'histoire - France

Mardi 18 août 2009

Louis XIII, ce roi-soldat n'hésitait pas à coucher sur la paille

Moins populaire que son père Henri IV, moins fastueux que son fils Louis XIV, Louis XIII est un monarque méconnu. Il souffre en outre du prestige immense -et justifiée- de son Premier ministre Richelieu. Mais il vaut mieux que sa réputation: à la fois artiste et guerrier, ce roi a exercé son métier avec conviction et sans faiblesse.

Etouffé par deux grands monarques à l'éclatante renommée, Henri IV, son père, et Louis XIV, son fils, dominé par son Premier ministre, le tout-puissant cardinal de Richelieu, Louis XIII est un roi oublié et mal aimé, qui fait pâle figure dans l'Histoire.
Ses portraits par Philippe de Champaigne, Simon Vouet ou Justus Van Egmont accroissent l'impression d'absence : avec son visage émacié, son regard impénétrable, sa moustache et sa barbe à la royale, l'homme donne l'image d'un être maussade et mystérieux, affecté par une incurable mélancolie, «insupportable à lui-même», disait Voltaire.

Ce passionné de chasse, promenant sa solitude ennuyée dans les bois giboyeux de Saint-Germain ou de Versailles, abandonnant les rênes de l'Etat à un prélat à la personnalité écrasante, était-il vraiment capable de s'intéresser à la fonction royale et à la politique ?

Les romantiques ont noirci à plaisir le portrait. Alfred de Vigny, Victor Hugo, Alexandre Dumas le dépeignent comme un velléitaire sans charisme, un soliveau sans volonté, «esclave couronné» vampirisé par sa mère, l'ambitieuse régente Marie de Médicis, dominé par son premier favori et compagnon de chasse, Luynes, puis écrasé sous la férule impérieuse de son maire du palais, le cardinal-duc, vrai maître de la France, pétri de certitudes olympiennes, bref un roi fainéant, «maigre Jupiter à la moustache pointue», ironisera Michelet.

Les manuels d'histoire ont prolongé cette vision réductrice, sans s'interroger sur sa pertinence. «Richelieu, le tout-puissant cardinal, est le vrai roi », disait la légende d'un dessin figurant dans le manuel Nathan (1954-1967). Même les ouvrages de l'enseignement secondaire et supérieur n'échappent pas à ce travers.

Attachés à glorifier le grand cardinal, ils évoquent la «France de Richelieu», «l'armée de Richelieu », concédant, comme le cours Malet-Isaac, que Louis XIII, «laborieux et brave», était «très jaloux de son autorité». Quant au septième art, il n'a fait que multiplier les clichés conventionnels, notamment dans ses adaptations des Trois Mousquetaires, la palme revenant au film délirant de Ken Russell, Les Diables (1970), représentant le fils d'Henri IV en dégénéré s'amusant, au milieu de sa cour, à tirer au pistolet des protestants parés de plumes d'oiseau !

Cette légende ravageuse, aux jugements cruels et péremptoires, présente un décalage considérable avec le portrait du roi tel qu'il ressort des écrits du temps, correspondances ministérielles - particulièrement celle de Richelieu -, rapports des ambassadeurs, lettres privées, gazettes...

Les historiens disposent en outre d'un document exceptionnel, fourmillant de précieuses anecdotes, le Journal du médecin du roi, Jean Héroard, qui, du 27 septembre 1601, date de naissance de Louis XIII, au décès du praticien en février 1628, a tout noté de son patient, depuis ses premiers gazouillis, ses bons mots, jusqu'à ses réflexions d'adulte.

Dès l'enfance transparaissent les principaux traits de caractère du futur roi : un garçon d'un naturel bon, quoique turbulent, aimant l'art, la musique, le dessin, mais autoritaire, susceptible, souvent agressif avec ses demi-frères, les bâtards, élevés avec lui.

«Les valets ne doivent pas manger avec leur maître!» coupe-t-il lorsqu'on veut l'attabler avec le petit Verneuil, fils d'Henriette d'Entragues. Et le petit Moret, qu'en pense-t-il ? «Il est après ma « mède» que je viens de faire! »

Il a des colères furieuses, «grande colère», note Héroard, «colère prompte », «colère froide», «furie outrée», «colère extrême»... Il faut lui donner le fouet. Il est vrai qu'il a été traumatisé à 8 ans par la mort tragique de son père.

Les témoignages s'accordent. «Il veut être respecté», écrivait le poète Malherbe, et «donne de très grand témoignage qu'un jour il saura se faire obéir». Vauquelin des Yveteaux, son précepteur, conscient de la «cuisante jalousie de son autorité», le juge «d'autant plus difficile à gouverner qu'il semble être né pour gouverner et commander aux autres».

Les traits de l'enfance se retrouvent à l'adolescence et s'affirment à l'âge adulte. S'il n'a pas l'intelligence fulgurante d'un Richelieu, s'il n'aime guère les études livresques, sa mémoire est remarquable. C'est un esprit pratique, qui aime les travaux manuels : fondre le fer, fabriquer de petits canons, clouer des tapis, distiller des parfums...

L'équitation et la chasse le comblent, particulièrement la fauconnerie. Il a de plus une sensibilité d'artiste, peint, dessine, compose des œuvres polyphoniques, des motets, des chansons. Il a hérité de sa mère le goût des ballets de Cour, écrivant et jouant ses propres œuvres, comme le ballet du Triomphe ou celui de la Merlaison (la chasse aux merles).

Introverti, masquant sa timidité sous la rudesse de son abord, il garde la volonté inflexible, opiniâtre, d'être obéi de tous. Malgré sa simplicité naturelle et son dédain de l'apparat, il a un sens inné de la majesté royale, une conscience aiguë de son état - celui de roi très-chrétien qui a reçu l'onction sainte de Reims - , une jalousie farouche de la grandeur, une passion immense non pour sa propre gloire mais pour celle de la France.

Et quel goût du secret ! A 16 ans, il se débarrasse du favori de sa mère, l'arrogant Concini, tué sommairement sur le petit pont du Louvre. «Maintenant, je suis roi! exulte-t-il. Il est temps que je fasse ma charge!» Il en oublie son bégaiement.

Marie de Médicis est exilée : son coup d'Etat est un matricide. D'autres ministres connaîtront de foudroyantes disgrâces : le chancelier de Sillery, son fils Puysieux, La Vieuville...

En novembre 1630, lors de la journée des Dupes, il crée la surprise en choisissant Richelieu contre sa mère. Il impose le respect par la crainte qu'il fait naître. Dernier grand «roi de guerre», Louis met toute son ardeur, sa tempétueuse impulsivité, son courage inlassable à combattre les partisans de sa mère, à lutter contre les protestants révoltés, les ennemis de l'extérieur. Il s'illustre à l'île de Riez (1622), au siège de La Rochelle (1628), au Pas-de-Suse (1629)...

Partout, il fait merveille. En 1636, après l'invasion des armées hispano-impériales et le désastre de Corbie, il est seul à Paris à ne pas céder à la panique et à préparer la contre-offensive, alors que Richelieu, terré dans son hôtel, semble tétanisé. Et Corbie est repris.

Ce roi-soldat n'hésite pas à coucher sur la paille à la belle étoile ou dans une masure au toit défoncé, occupée la veille par les ennemis, à boire dans son chapeau, à rire avec ses hommes, passant des heures à cheval sans se restaurer.

Reconnaissons qu'il manque de quelques belles qualités royales. Il est mesquin, tatillon, soupçonneux. Il se méfie de sa femme, Anne d'Autriche, coquette, espagnole de cœur, qui, pendant la guerre, complote et correspond secrètement avec son frère, le roi d'Espagne Philippe IV. Leur union est longtemps un échec. Ce n'est qu'en 1638, après vingt-trois ans de mariage et quatre fausses couches, qu'elle donne un fils à la France.

Le peuple explose de joie, y voit un signe miraculeux. Mais cet homme fragile, neurasthénique, assurément misogyne, peut-être tenaillé par une homosexualité latente, accomplit sans faiblesse son devoir d'Etat, fait corps avec sa fonction, comme peu de souverains l'ont fait avant lui.

Il sacrifie tout à la France et à la construction de l'Etat, reléguant au second plan ses sentiments personnels, ses penchants, sa piété filiale, son engagement conjugal. On lui a reproché sa raideur native, son intransigeance. C'est lui en effet et non Richelieu qui refuse malgré toutes les supplications la grâce des conspirateurs, qu'ils s'appellent Chalais, Montmorency-Boutteville, le maréchal de Marillac ou le duc de Montmorency.

A vrai dire, il lui en coûte de cuirasser son cœur, mais il sait que la mansuétude avive les désordres. Il souffre de la misère du peuple, tout en restant attaché à l'ordre avant tout.« Louis le Juste » pardonne plus souvent qu'on ne le pense, à condition qu'on le lui demande : sa mère, son frère, sa femme, le duc de Lorraine en font à plusieurs reprises l'expérience.

Roi tragique et cornélien, à la stoïque grandeur, c'est en effet un chrétien pieux et scrupuleux. Il croit en la justice immanente, à l'intervention de la divine Providence. Après la reprise de Corbie et le spectaculaire rétablissement des armées françaises, il décide de vouer son royaume à Dieu par la Vierge Marie. Tel est le fameux« Vœu de Louis XIII » institué en février 1638, encore célébré aujourd'hui le 15 août.

Sous son règne, la France se métamorphose. Elle accouche dans d'éprouvantes convulsions - entre révoltes provinciales, Croquants d'Aquitaine ou Nu-pieds de Normandie - de la société nouvelle et de l'Etat rationnel qui s'épanouira sous le règne suivant. La monarchie administrative, qu'on appelle improprement monarchie absolue, commence à s'installer, mettant en place les grands outils de l'Etat, les intendants, l'armée, la marine, la diplomatie, le renseignement.

On ne saurait diminuer les mérites de Richelieu. En 1624, celui-ci entre au Conseil, où très vite il s'impose, exerçant l'autorité que le souverain consent à lui déléguer. C'est une chance pour ce dernier, car le prélat, d'une envergure exceptionnelle, énergique et de bon conseil, l'aide à révéler ce qui était confus en lui. Il fera de Louis XIII, dit Mme de Motteville, «l'un des plus grands monarques du monde», mettant la France, ajoute Montglat, «au plus haut point de grandeur où elle eût été depuis Charlemagne».

Mais l'existence politique du cardinal dépend étroitement du maître. Orgueilleux, ombrageux, imbu de son «métier », jaloux de son autorité, le roi doit accepter sa complémentarité avec l'un de ses sujets, supporter son tempérament dominateur et envahissant. Ce n'est pas une cohabitation de tout repos, car Louis ne renonce pas à gouverner et à être pleinement roi. D'où la complexité de leurs rapports, faits d'admiration mutuelle et de crainte, de confiance et de ressentiment, le plus inquiet des deux étant le Cardinal, qui redoute toujours la disgrâce, voire le sort de Concini.

Les tensions entre eux seront très vives à la fin, lors de la conspiration de Cinq-Mars (1642). Pour affermir la monarchie administrative face aux grands féodaux, l'épineux Louis XIII a besoin du réseau de clients de son autoritaire ministre, mais pas question pour autant de lui accorder un blanc-seing !

C'est lui qui tranche et décide en dernier ressort, avec brutalité parfois. «Je m'estime heureux, écrit Richelieu, quand de quatre propositions deux lui sont agréables.» Et d'ajouter : «Les quatre coins du cabinet du roi sont plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille d'Europe!»

A la vérité, leur œuvre - immense - est commune : ils ont su conjurer la menace extérieure représentée par la maison d'Autriche (Espagne et Empire), au prix, hélas !, d'une guerre qui ne s'achèvera que sous le règne suivant, d'un rude tour de vis fiscal et de graves troubles ruraux ; ils ont mis au pas les protestants, qui formaient un Etat dans l'Etat, tout en respectant leurs convictions religieuses. Ils ont soumis les grands, prompts à la révolte, déjoué les conspirations fomentées par leurs proches.

Durant dix-huit ans, ils ont porté l'Etat à bout de bras, en dépit de leur santé précaire. Richelieu expire le 4 décem bre 1642. Louis XIII, rongé par une entéropathie chronique (sans doute la maladie de Crohn), meurt à 42 ans, le 14 mai 1643, après une pathétique agonie.

Son règne représente une étape majeure dans l'unification du royaume et la construction de l'Etat-Nation. Achevant son œuvre, Louis XIV, moins complexé mais aussi moins modeste que lui, ne fera qu'y ajouter la théâtralisation, la personnification du pouvoir et la mise en scène de sa propre gloire.


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